Arrivés à BIERSET depuis seulement quelques années, nous avons demandé à un expert en la matière de nous retracer l'histoire de cette base.
Pour tous ceux qui suivent de près lactualité, nul nest besoin de préciser que Bierset fait depuis quelque temps la une de la presse écrite et des journaux télévisés. Le développement de linfrastructure de laéroport civil est phénoménal et pour sen convaincre, il suffit demprunter lautoroute E 42 et voir les modifications du paysage biersétois. Larrivée de compagnies comme TNT a donné un nouvel essor à ce quon appelle maintenant Liège-Airport, gage dun avenir meilleur pour la région grâce à la création de nouveaux emplois.
En fait, lhistoire ne fait que se répéter ; 1945, après le départ
des Américains, cest au tour du secteur civil danimer la vie aéronautique
liégeoise. Le Grand Liège se penche sur le problème de la création dun
champ daviation moderne. Une commission se réunit pour la première fois le
31 août 1945 sous la présidence du bourgmestre Paul Gruselin. La tâche de
cette commission est de trouver le meilleur endroit possible pour
linstallation du futur aérodrome. Monsieur Omer Tulippe, professeur à lUniversité
de Liège, remet alors un rapport, fruit de nombreuses séances de travail, désignant
Velroux comme étant lendroit propice. La construction de la nouvelle aérogare
ne pouvait être entreprise avant pas mal de temps, une solution provisoire est
alors proposée par le Ministère des Travaux publics, qui envisage dutiliser
les installations abandonnées depuis peu par les Américains. Fin 1945,la
SABENA assurait déjà une ligne Liège-Paris au moyen de 3 Douglas DC3 et dès
1946, la Régie des Voies Aériennes exploitera seule laérodrome où
laviation sportive était la principale activité.
La ligne aérienne Liège-Paris, inaugurée officiellement le 20 avril 1947 par
Achille Van Acker, alors Ministre des Communications, ne rencontre pas le succès
escompté, devant subir la concurrence du rail qui est tout aussi rapide et
moins coûteux. Le manque de propagande et le peu dengouement des Liégeois
eurent raison delle dans le courant de 1948.
Les grands travaux de la nouvelle plaine (site sur lequel vous vous trouvez) débutent
en 1950 et cela au profit de la Défense Nationale mais le 09 juillet 1952,une
convention entre la Force Aérienne et la Régie des Voies Aériennes intervient
entérinant lutilisation civile de laérodrome militaire de Bierset,
convention qui au fil du temps fut progressivement améliorée pour aboutir
finalement à une collaboration étroite.
1995 sera également une date importante pour les activités aéronautiques de
la base de Bierset puisque cest dans le courant de cette année-là que les
habitants de la région verront larrivée en masse des hélicoptères,
Alouette II et les célèbres Agusta A-109,du 16ème Bataillon dHélicoptères
de Liaison et du 18ème Bataillon dHélicoptères Antichars. Ils avaient été
précédés dans le courant du 1er semestre 1994 par le 17ème bataillon dHélicoptères
Antichars qui vivra quelque temps avec les « Bleus » de la Force Aérienne
qui abandonnent la base suite à la dissolution de la dernière escadrille
volant encore sur les Mirage 5 BR, à savoir la 42e Escadrille de
Reconnaissance.
La présence dhélicoptères sur la plaine nest certainement pas une première.
En effet, déjà en 1940,on retrouve la trace dun autogire dobservation
biplace, un Cierva C-30A ; cet unique exemplaire en Belgique, conçu par
lingénieur espagnol La Cierva et construit sous licence en Angleterre par la
firme Avro, intéressait lAéronautique Militaire qui procédait à son évaluation.
Il fut détruit dans son hangar le 10 mai 1940 lors du bombardement de la plaine
par des Dornier 17 allemands.
Evoquer la guerre et lAllemagne nous ramène aussi aux origines de Bierset.
Pour la ville de Liège, les premiers balbutiements en matière daéronautique
se déroulent à Ans et ce dans le courant de 1914. Cest dailleurs pour
cette raison que dans la commune, on trouve trace dune rue portant le nom de
« Rue du Champ dAviation ».
Survient alors la première guerre mondiale. Très vite, Liège est investie,
les Farman HF-22 ne peuvent pas grand-chose et le 18 août, les Allemands
prennent possession de la plaine. Jugeant lendroit peu approprié, les
Allemands se mettent en quête dun autre site et jettent leur dévolu sur
Bierset.
De 1914 à 1918, les Allemands aménagent donc cette plaine en aérodrome et
lutilisent surtout comme terrain de réparation et de transit entre lAllemagne
et le front extrêmement bien située, puisque la plus à lest du front
franco-belge, Bierset était prête à accueillir les différentes escadrilles
engagées en cas de non-succès de loffensive Ludendorff. Sous un angle
beaucoup plus optimiste, une expansion des Luftstreitkräfte était prévue pour
1918 et de ce fait Bierset se justifiait entièrement.
Il faudra attendre le 1er mars 1920 pour voir enfin laviation être intégrée
dans la structure de larmée belge : on parle alors daéronautique
militaire. Le gouvernement débloque alors des crédits qui permettent, cette même
année, de débuter la construction de la caserne De Cubber (ndlr : cette
caserne existe toujours sur la chaussée de Liège mais nest plus guère
utilisée).
Loccasion est belle aussi de rappeler quà lépoque nos aviateurs
portaient luniforme « kaki » et que linsigne distinctif était
constitué du monogramme royal muni dune aile simple ou de deux selon quil
sagissait dun observateur ou dun pilote.
Le 13 février 1922 les premiers avions de laéronautique belge prennent
possession des nouvelles installations de Bierset-Awans. Il sagit de De
havilland DH-4 qui équipent les 10e, 11e et 12e Escadrilles composant le 5e
Groupe de Bombardement (ndlr : lemblème de la 11e étant déjà une
cocotte blanche que les Mirage de la 8e Escadrille arboraient jusquà leur
dissolution en 1991). Le premier grand meeting aérien militaire est organisé
le 27 mai 1922.
Suite à la création dun nouveau 5e Groupe à Schaffen, Bierset devient le
6e Groupe composé des 1e (ex-10e) et 2e (ex-11e) Escadrilles de Bombardement.
Une troisième escadrille sera reformée le 1er juillet ; on voit alors, en
plus des DH-4, apparaître des De Havilland DH-9.
La direction de laéronautique militaire annonce une nouvelle réorganisation
pour 1924. Les trois escadrilles font maintenant partie du 3e Groupe du 2e
Groupement et assurent des missions de bombardement.
Mais décidément les réformes se succèdent dans le milieu de laviation
militaire ; deux années seulement ont passé et Bierset se voit amputé
dune escadrille. Toutes les escadrilles paires disparaissent. La 1e et la 3e
Escadrille sont affectées au 3e Groupe du 27e Régiment daéronautique.
Le 10 février 1928,de nouveaux avions font leur apparition dans le ciel liégeois,
il sagit de Breguet XIX,avions biplaces de bombardement et de reconnaissance
atteignant une vitesse de croisière de 140 km/h !
De 1935 à 1940, les 9/V/1 Aé et 11/V/1Aé établissent leur quartier à
Bierset doù elles accomplissent des missions de reconnaissance au moyen de
Renard 31. Ces deux escadrilles se distingueront durant la Campagne des 18
jours. En effet, les « Sioux » effectueront près de 54 missions de
guerre au-dessus de la Belgique avant de recevoir lordre de capituler, ce
quelles seront dailleurs les dernières à faire.
Décembre 1944, au cur des Ardennes belges, la situation des troupes américaines
est critique ; le mauvais temps empêche toute intervention en faveur de
ces hommes. Finalement, le 23 décembre, conformément aux prévisions du
Lieutenant Simpson basées sur les archives de lobservatoire de Cointe, le
temps se dégage, ce qui permet denvoyer des vagues de Dakota C-47 parachuter
144 tonnes matériel dans une zone de 1,5 km². Après la Noël, les alliés
reprennent loffensive. Cest alors que Bierset, qui est occupé à lépoque
par le 42e Groupe de la 9e Air Force va jouer un rôle déterminant. En effet,
les chars américains Sherman risquaient dêtre immobilisés faute de
carburant. Cest pourquoi lopération « Red Ball Express » est
mise sur pied. Un pont aérien est dès lors créé entre la Grande-Bretagne et
Bierset. Laérodrome va alors accueillir chaque jour plusieurs centaines de
Dakota C-47, chargés des précieux fûts de carburant. A certains moments de la
journée, un appareil atterrit toutes les 20 ou 30 secondes. Quand le terrain
est saturé, les Dakota attendent par pelotons de 24 dans le ciel liégeois la
permission de se poser. Des quais de débarquement sont prévus pour le déchargement
des fûts que lon fait rouler directement dans les camions qui attendent au
fond de la plaine. Ceux-ci arborent un gros fanal rouge leur donnant une priorité
absolue sur les routes doù le nom de lopération. Fort de son expérience,
le Colonel USAF Laurence S. Fulwider (ndlr : il vit toujours et nous venons
de retrouver sa trace aux USA) sera appelé quelques années plus tard, au plus
fort de la guerre froide, à réaliser un pont aérien semblable à Berlin.
15 janvier 1949, la Force Aérienne voit le jour!!! Autre année importante,
celle de 1953 puisque la base est ouverte le 27 septembre et quelle marque
aussi le début de lère des avions à réaction. Cest ainsi que vont se
succéder les Thunderjet, F-84-E et F-84-G, des T-33, des Météor 8, des Hunter
6, des Thunderstreak F-84-F ainsi que des RF-84-F (pour assurer le rôle recce),
des Fouga Magister et « last but not least » les Mirage V.
Grâce à leur équipement de guerre électronique RAPPORT II,ces fameux Mirage
V auront lhonneur de participer, dans le cadre de lAlliance de lAtlantique
Nord, à la mission « ACE GUARD » durant la Guerre du Golfe. A cette
occasion, quelque 200 hommes seront déployés au fin fond du pays kurde, plus
précisément à Diyarbakir (Turquie), à seulement150 km de la frontière
irakienne et cela pendant deux mois et demi. Nos bons vieux Mirage y
effectueront pas moins de 650 missions dans un but de dissuasion sous forme de
patrouilles le long de la frontière.
En 1993,une nouvelle page dhistoire va être tournée. La 8e Escadrille engagée
dans « ACE GUARD » fut dissoute peu de temps après son retour du
front. Ensuite, dautres décisions politiques cadrant avec le plan Delcroix
auront raison du beau rêve de voir la vie des Mirage prolongée avec le
programme Mirsip. Ce programme de modernisation devait doter nos machines
dune « avionic » plus évoluée et limplantation de « canards »
devait améliorer laérodynamique. Finalement, une décision tombera :
le programme sera poursuivi mais les superbes machines seront revendues au Chili
tandis que le restant des Mirage, ancienne version, seront évacués et stockés
à Weelde. Simultanément, le 3e Wing Tactique sera dissout et cest donc résignés
et avec un pincement au cur que les « Bleus » devront quitter
Bierset.
La Force Terrestre a depuis lors repris le flambeau et, lors dune récente
visite, jai eu le plaisir dadmirer les efforts en matière
dinfrastructure réalisés depuis 1994. Bravo et bonne chance pour le futur,
et puis qui sait, peut-être y aura-t-il encore une petite place pour nous
Thierry
Heptia, Lic
Capitaine
dAvi
Daprès
des extraits du livre
« Historique
de la base aérienne de Bierset »
écrit
par le SLt dAvi Lic T.HEPTIA